Professeur Marc LEBLANC, Le cœur sur la main

 

 

Qui pourrait oublier le regard extraordinairement vivant de Marc Leblanc ? Chaque rencontre était l’occasion de se réchauffer à sa combativité, à son esprit d’entreprise, à son amitié chaleureuse, à son attention extrême à la personnalité de son interlocuteur, en particulier à ses malades, à leur histoire autant qu’à leurs habitudes de vie et à leurs conditions psychologiques. Et surtout il savait communiquer son enthousiasme qui se doublait d’une conviction absolue, parfois véhémente, dès qu’une nouvelle tâche lui était proposée.

 

Des tâches, il n’en a jamais manqué, comme à tous ces hommes dont on sait qu’ils les mèneront à bien, quoiqu’il arrive, et quel qu’en soit le nombre. On pensait bien qu’il lui faudrait vivre cent ans pour en venir à bout, tout en passant le relais à ceux qu’il pouvait entraîner. Le pari est presque gagné puisqu’il vient de s’éteindre à 98 ans, ayant vécu sa retraite de manière presque aussi active que sa vie professionnelle, toujours heureux, décidé, toujours prêt à rire des contraintes et à conseiller de faire sauter les bâtons qui arrêtent tant de roues d’autres chars moins pressés de vivre.

 

Né dans l’Yonne, à Saint-Florentin à l’époque où personne n’aurait imaginé qu’un TGV y passerait un jour, il devenait interne des hôpitaux de Paris en 1931, j’étais à peine né, puis chef de clinique à Broussais après sa thèse de cardiologie. A l’époque si démunie de moyens thérapeutiques efficaces, on était plutôt “thoracologue”, le cœur avait besoin des poumons pour assurer suffisamment de travail. Pour que ses diagnostics soient aussi précis que possible, l’avènement de l’ECG —qui donnait enfin à la radiologie le complément qui manquait— sera vécu avec la joie qu’on devine. Venu s’installer à Dijon en 1937, il intégrait le corps hospitalier l’année suivante comme adjoint. Sa carrière se déroula dès lors harmonieusement, sa qualité d’homme le désignant pour chaque promotion et surtout pour chaque progrès dans le développement de l’hôpital et de ce qu’il pouvait offrir : en premier aux tuberculeux, pour lesquels il fit du centre de Velars-sur-Ouche un havre pour les prisonniers rapatriés d’Allemagne dans des états souvent catastrophiques, avant de consacrer ce sanatorium aux mineurs ; ensuite, les antibiotiques modifiant radicalement le pronostic de ces malades, c’est aux cardiaques qu’on commença à parler d’espoir. Il put créer dans son service en 1964 les trois premiers lits de soins intensifs alors que, à peine installé moi-même à Dijon depuis un an, je fréquentais son service.

 

En partenariat, en ville et à l’hôpital, avec ses amis Jean Combet, Jean Bouhey, François Damelon, on savait qu’on pouvait compter sur lui et sur chacun d’eux à la fois. Louis Jeannin et Jean-Claude Beer, ses derniers associés, ont poursuivi son œuvre double, le premier en pneumologie, le second en cardiologie puisque les spécialités sont devenues autonomes. Ils diront aussi leur dette, que cet homme jamais n’exigeait, la satisfaction ne naissant chez lui que du diagnostic exact posé, d’une vie sauvée, de la médecine de qualité défendue par tous les moyens qu’il sut réunir : syndicalisme, enseignement, communication, participation à toutes les entreprises généreuses. Un homme de bien.

 

Jean Louis Roy.

 

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Date mise à jour : 11/09/2011