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L'éloge est facile, c'est la circonstance qui est difficile. "Au terme d'une période où la chaleur, la sécheresse, les absences ont marqué les vacances pour tous, c'est toi Roland qui te mets en vacance. Ca n'est pas la canicule, ni l'isolement qui t'ont terrassé, c'est ce cancer dont j'ose dire le nom ; tu en parlais toi-même avec une désinvolture telle que tu donnais le sentiment de l'avoir sinon vaincu, du moins apprivoisé. Mais je ne suis pas surpris qu'il ait fallu cette grosse artillerie pathologique pour avoir ta peau. Lorsque je t'ai connu, j'ai eu une vision superlative. Grosse activité, grosse voiture, large tour de taille, grosses crises de goutte, cholestérol, triglycérides, glycémie à faire pâlir tes correspondants biologistes. Il faut dire que tu te donnais la peine de maintenir ces scores par des élans alimentaires dignes d'un athlète de la gastronomie. Tu avais cependant toujours une pensée pour Suzanne … au moment de prendre le dessert. Le régime du secret était alors le seul respecté. Le tout enveloppé dans une carapace en bois brut, insensible aux intempéries, aux nuances sémantiques, aux contorsions diplomatiques. Même ton nom claque comme un coup de fouet." Derrière ces superlatifs, j'ai découvert, au fil des réunions des zones douces, plus attendrissantes, exacerbant le contraste. Le bûcheron avait un cœur…, et quel cœur ! J'ai commencé à le percevoir à Tillenay où il avait rassemblé quelques amis prêts à partager un week-end "ludiquo-nutritif". Puis au syndicat avec Robinne, aux Médicercles de l'hôtel du Nord et de la Faculté, à la revue des Médecins de Bourgogne avec Jacquelinet, au GUAM, au conseil de l'Ordre et certainement dans bien d'autres domaines ; il fut au gré des besoins, fondateur, trésorier, rédacteur, acteur ou membre, mais il fut toujours présent…, avec la même ponctualité, la même fidélité, le même appétit d'agir. La neutralité n'était pas son refuge. Qu'importait que les journées fussent longues, les nuits courtes, il refusait la fatigue comme il refusait la résignation, les charges sociales, les impôts et les importuns. Et lorsque le sommeil le surprenait sur un coin de table, il suffisait de quelques minutes pour le rendre à la vie. Cette vie qu'il aimait trop pour ne pas s'en repaître. Et puis j'ai eu la chance de connaître quelques moments d'intimité à l'occasion d'un retour tardif de conférence lointaine, d'une erreur de date de réunion qui le faisait arriver à la maison avec un bouquet de fleurs et une disponibilité sentimentale totale. C'est dans ces moments-là, qu'au lieu de débattre de ce que l'on n'aime pas, on avoue ce que l'on aime. C'est alors qu'il parlait de l'Algérie qui m'avait vu naître, mais qui l'avait vu combattre avec un engagement peu surprenant au demeurant. Et il parlait du djebel et de son incroyable beauté, d'Argout et de tous ces autres qui partageaient son enthousiasme ; et des habitants chrétiens, juifs ou musulmans dont il se sentait si proche. C'est dans ces moments là qu'il racontait les anecdotes médicales qu'il aurait aimé écrire, mais qui se dégustaient mieux autour d'une table. Humblement, il affirmait exercer à l'instinct – "quand je ne trouve pas dans la première minute, je ne trouve jamais" - ,mais il lisait, il fréquentait tous les EPU, colloques ou FMC, même après la retraite. Sous des formules souvent abruptes ou provocatrices, il cachait son émerveillement devant les progrès techniques annoncés ou énoncés par nos jeunes confrères. C'est là encore que, sa voix s'enlisant dans la pudeur , il confiait tour à tour ses souvenirs de voyages, sa tendresse pour les siens, puis son admiration pour Caillebotte dont la peinture l'émouvait. Chez lui, il fallait voir son plaisir à présenter au visiteur les étagères de son bureau scrupuleusement remplies des documents classés qui avaient édifié sa culture artistique. Quel aveu aussi pour une personnalité comme la sienne ! Sa retraite sonna comme un nouveau devoir. Celui de rendre à ses petits enfants le temps que son métier avait confisqué à ses enfants : ce fut à la maison pour les recevoir, à l'école pour les conduire ou les ramener, en promenade ou ailleurs. L'emploi du temps changea plus de nature que de densité. Le cœur bouchait peut-être ses coronaires mais ouvrait ses voies de communications, libérait ses flux d'amour. En remplissant ainsi sa vie, il a rempli celle des siens, ses proches, ses patients, ses amis, ses confrères. Quant aux trop pleins affectifs, aux infidélités alimentaires, l'épilogue montre qu'il ne faut pas les regretter. En se privant, il nous aurait privés de ce profil généreux et chaleureux qui marque nos mémoires. "Roland, tu pars trop tôt, mais tu pars debout, dans la plénitude. La maladie n'a pas eu le temps de te mettre à genou…, sauf peut-être devant l'Eternel ; et il nous appartient de prier pour que l'homme qu'Il accueille soit reçu comme un type bien, bon et juste." Le 03/09/2003 Jean Pierre MOURAUX |
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Date mise à jour : 11/09/2011 |