Docteur Michel Alizon (1930-2011)

 

Le 14 juillet, au Centre Georges-François-Leclerc, j’ai dit adieu à mon ami de cinquante ans, Michel Alizon. Il est mort chez lui le lendemain soir, entouré des siens.

 

Je l’avais connu en salle de garde à l’Hôtel-Dieu de Paris, interne en hématologie du Professeur Bousser, un premier pas vers la pédiatrie qui le passionnait, les tout petits qu’il aimait tenir dans ses mains avec sa femme, Claude, puéricultrice, compagne de tous les instants. Trois mois après ma venue à Dijon, il me rejoignait pour reprendre la clinique d’enfants de son homonyme (mais avec un S) Michel Alison, qui prenait le plein-temps. Son souci de probité l’a conduit à toujours se défendre de cette homonymie, il prenait soin d’écarter aussitôt toute confusion auprès des familles qui avaient bien voulu continuer à consulter en ville et ne pas suivre leur pédiatre à l’hôpital. Il a vite conquis leur confiance, aussitôt accepté pour son savoir, ses compétences techniques et surtout ses qualités humaines.

 

Nous avons été très liés, quotidiennement. Nous prenions même nos vacances ensemble, avec nos enfants tant qu’ils eurent besoin de nous, liés tous deux par une communion d’idées sur le métier, la vie, la mort, le monde, et l’outre-monde, nous les confrontions pendant nos longues marches à travers les combes et les vignes le dimanche. Fils d’enseignants, il avait une intelligence vive et claire comme était tout son être. Petit mais solide, il tenait de ses ancêtres ardéchois et cultivait leur sagesse paysanne. Il avait étudié avec les plus grands maîtres de sa spécialité. Gai, généreux, il guida ses enfants dont l’une a repris le même flambeau alors que son fils, Marc, apprenti virologue à l’Institut Pasteur auprès de Luc Montagnier, participait à la découverte du VIH, puis obtint le service de virologie de Cochin. Michel Alizon, même après sa retraite, donnait encore tout son temps à son syndicat.

 

Mangé par la maladie, il a désiré ne pas attendre la fin annoncée, refusant de donner le spectacle de sa déchéance à ses amis comme à ses petits-enfants alors que son regard continuait à s’éclairer à la vue de ses proches. Je l’ai embrassé sur ses deux joues. Je lui avais apporté un tout petit livre ancien que j’avais, des sentences de sagesse islamique, mais universelle, occasion de lui écrire une petite dédicace affectueuse. Nous avons parlé pour la dernière fois. Conscient, il lisait un roman policier, La Mort à marée basse, clin d’œil à la camarde. A sa demande, je l’ai examiné doucement puis réinstallé dans son lit.

 

Lui avoir été utile n’a pas évacué le sentiment que je serai comme lui, pressé d’en finir dès que l’inéluctable est certain. Je n’en suis pas moins triste, tout en ayant été heureux de le revoir cette dernière fois. Je garderai en moi un peu de la vie qu’il mettait en toutes choses, ce souvenir soutiendra aussi son épouse et ses enfants qui me sont chers.

 Jean Louis Roy.

 

Statistiques                                Sites Web utiles

Date mise à jour : 11/09/2011